7ème édition du colloque « Anthropologie et Musique »

La septième édition du colloque international d’Anthropologie et de Musique, initiée par le Centre National de Recherches Préhistoriques, Anthropologiques et Historiques (C.N.R.P.A.H) d’Algérie, aura lieu à l’Institut National de l’Hôtellerie et du Tourisme (I.N.H.T) de Boussaâda, les 29, 30 et 31 janvier 2018, sous le thème « La notation musicale à l’épreuve de la recherche dans l’étude et la sauvegarde des musiques traditionnelles dans le Maghreb ».

Un programme très riche est prévu, lors de ce colloque de 03 jours, avec l’intervention de plusieurs experts nationaux et internationaux, dont la chercheuse au C.N.R.P.A.H, Maya Saidani, qui expliquera, dans son argumentaire suivant, les objectifs de ces rencontres :

« La notation musicale a, de tout temps, interpellé musiciens, théoriciens et chercheurs en ethnomusicologie/ anthropologie de la musique. Ainsi, à l’instar de la théorie des açâbi° wal madjarî (sorte de tablature) développée à partir du huitième siècle à Baghdad sous la dynastie Abbasside par l’école des °udistes ou la sculpture musicale des rythmiques ou tala en Inde du Sud dans le temple Manakshi de Madurai, les civilisations anciennes du monde ont, régulièrement, fait usage d’iconographies et de divers systèmes de représentation afin de protéger et de perpétuer un répertoire ou une technique de jeu.

La tablature développée en Europe, à la renaissance, pour la transmission d’interprétations instrumentales diverses dont le luth et l’orgue, et plus tard développée pour l’enseignement de la guitare, en est le meilleur exemple. La fabrication des instruments de musique par les cultures du monde : choix des matières premières (peaux, bois, métal), des ligatures des instruments à corde et de la longueur des manches ou des tubes des instruments à vent, des distances entre les ouvertures, sont autant de choix répondant, naturellement, à des exigences tout à la fois esthétique et structurelle. Cette harmonie, adoptée tacitement par une communauté et édifiée par plusieurs générations de praticiens, met en fonction nombre de savoir faire conjuguant, ainsi, chant, danse, jeux instrumentaux, poésie, facture instrumentale dans laquelle rien n’est laissé au hasard.

Au Moyen Âge, les premières notations musicales apparaissent en Europe et elles évolueront graduellement pour donner une lecture quasi parfaite de la musique européenne. L’ethnomusicologie / anthropologie de la musique, a largement utilisé cette écriture pour décrire, transcrire et analyser les musiques du monde avec ce qu’elles comptent de rituels, fêtes religieuses, mariages, festivals et autres manifestations.
Cependant, la notation de la musique européenne présente des limites quant à la représentativité des musiques traditionnelles. Mais la difficulté s’accroît lorsque la tâche consiste à analyser tout un système symbolique où s’entremêlent claquement des mains, gestuelles, émission ponctuelle de la voix, textes chantés individuellement ou en groupe avec toutes ses spécificités phonétiques et rythmiques, jeux instrumentaux, échelles, pas dessinés par le chef de cérémonie lors de danses rituelles…

Dans la région nord du Maghreb, la transcription occidentale a largement été utilisée sans toutefois négliger la transmission traditionnelle. Ainsi, le répertoire dit andalous ou mâlûf tunisien est interprété depuis le début du vingtième siècle aussi à partir de partitions. Leurs homologues ‘âlâ (Maroc), çan°a (Alger et Tlemcen) et mâlûf (Constantine et Libye), n’ont pas franchi le pas : faut-il considérer ce choix comme un retard à rattraper ou respecter la démarche des interprètes, car à l’instar du sha°bi, du hawzi, du flamenco ou du fado, pour ne citer que ces exemples, les musiciens maghrébins préfèrent peut-être favoriser l’inspiration du moment ?

Bachir Yellès-Fête à Tlemcen-
« Fête à Tlemcen » du peintre Bachir Yellès

Mais pour ce qui relève de la recherche, la notation musicale représente une démarche incontournable et méthodologique destinée à représenter les spécificités d’un répertoire. Le but ultime étant aussi de communiquer les résultats de son terrain à la communauté scientifique.

De nos jours, il existe divers moyens et techniques pour présenter les résultats d’une recherche, et les travaux d’éminents chercheurs en ethnomusicologie sont là pour en témoigner. Quelles seraient à ce titre les techniques que se doit de développer tout chercheur pour faire face aux difficultés qu’il rencontre dont : Les modes de représentation ; La notation vernaculaire ; La gestuelle et le rythme corporel ; La scansion et le rythme poétique ; L’adaptation de la notation occidentale aux spécificités de l’oralité ; L’emploi de l’outil informatique et multimédia…?

Cette rencontre ambitionne de réunir ethnomusicologues/anthropologues de la musique, anthropologues, anthropologues de la danse, spécialistes en littérature orale, linguistes, sémiologues, historiens, historiens de l’art, archéologues… Elle nous donnerait l’occasion de découvrir ensemble les centres d’intérêt des uns et des autres. Elle pourrait, à long terme, nous octroyer la possibilité de travailler à la transcription de nos savoirs ancestraux avec ce qu’ils recèlent de systèmes symboliques.

Les approches et méthodes développées par les spécialistes sont nombreuses, et l’outil informatique donne des possibilités surprenantes à travers des calculs de plus en plus précis, mais reste réservé à quelques initiés. Dans cette course à la modernité quels seraient les moyens les plus adéquats permettant de donner une lisibilité et une visibilité accessibles d’une culture musicale ? Elle donnerait ainsi aux chercheurs, de toutes disciplines confondues, l’occasion d’en offrir une traduction au plus près de sa tradition. »