Sebeiba à Djanet pour fêter la paix (Vidéo)

La Sebeiba, ou S’biba, est une grande cérémonie qui a lieu chaque année à Djanet, depuis 3000 ans, lors de la journée d’El Achoura. Elle réunit les Touaregs du Tassili N’Ajjer pour une fête qui prend ses racines dans une page d’histoire très ancienne qui avait permis à deux tribus touareg de mettre fin à une guerre entre elles.

La Sebeiba fête la victoire de Moïse sur Pharaon

Elle daterait de plus de 3000 ans, et puiserait son origine dans la mort du Pharaon, lorsque le prophète Moïse (Moussa) vainquit ses troupes. La tradition locale rapporte qu’à cette époque là, régnait entre des tribus une guerre fratricide depuis de longues années et que ce n’est qu’en apprenant la victoire de Moïse sur Pharaon qu’ils consentirent à mettre fin à leurs conflits et scellèrent un pacte de paix qui, depuis, les a unit.

Le rituel et les cérémonies de la Sebeiba sont pratiqués sur dix jours par deux communautés vivant à Djanet au cours du premier mois du calendrier lunaire musulman : Celles d’Azellouaz et d’El Mihan. Des danseurs et des chanteuses s’affrontent pour avoir le droit de représenter leur communauté lors d’une compétition étalée sur neuf jours appelée « Timoulawine ». Les vainqueurs participent le lendemain, soit le jour d’El Achoura, au rituel et aux cérémonies de la Sebeiba.

Une guerre pour la paix

Les danseurs, en tenue guerrière, et les chanteuses se rendent dans un lieu appelé « loghya » pour pratiquer le rituel. Une fois arrivés, les danseurs forment un cercle rituel en faisant cliqueter leurs épées en continu tandis que les femmes chantent des chants traditionnels au rythme des tambourins pour encourager les hommes. On y simule le combat pour ne plus le livrer. On danse l’épée dans une main et le foulard dans l’autre pour signifier le conflit et le pacte de paix. Féerie de musique, de chants et de danses, de couleurs des costumes, de reflets des bijoux dont les femmes se parent ou des armes que les Touaregs brandissent, la Sebiba est un moment magique et inoubliable.

Les connaissances liées au rituel et aux cérémonies sont transmises directement des anciens aux jeunes. Les artisans locaux fabriquent et réparent les tenues, les armes, les bijoux et les instruments de musique nécessaires.

Les festivités de la Sebeiba sont un marqueur important de l’identité culturelle des Touaregs qui vivent dans le Sahara algérien. Ils permettent de renforcer la cohésion sociale et de conjurer symboliquement les éventuels actes de violence entre les communautés rivales en simulant et en transposant cette violence dans le domaine de la compétition artistique.

Les Touaregs sont très attachés a cette tradition. On raconte qu’une fois, alors qu’ils ont refusé de fêter la Sebeiba, ce fut la journée la plus sombre de toutes. Vent, tempête, le jour se transformant en nuit sombre… Jusqu’à ce qu’une femme sorte en tambourinant sur son ganga pour réconcilier la nature avec les gens de Djanet.

Le rituel et les cérémonies de la Sebeiba dans l’oasis de Djanet sont inscrits, depuis 2014, sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.