45ème anniversaire de la réunification du Vietnam (Contribution)

Le 30 avril 2020 est le 45ème anniversaire de la libération de la partie sud et de la réunification du Viet Nam. Nous qui étions adolescents durant la guerre d’agression impérialiste états-unienne contre le Viet Nam, ce conflit nous a marqué profondément. Il nous a fourni l’occasion d’acquérir l’indispensable conscience sociale et humaine. Elle concerne, d’une part, la nature intrinsèquement psychopathe, donc criminelle de l’impérialisme états-unien, et, d’autre part, la nécessité de lui résister jusqu’à son élimination complète de la planète.

Résistance et victoire contre le colonialisme français

De 1946 à 1954, le peuple vietnamien, encadré par son parti communiste, dirigé par Ho Chi Minh, affronta d’abord la machine de guerre impérialiste française. Le peuple vietnamien adopta la stratégie de la guerre populaire, théorisée et menée par le général Nguyen Giap. Cette stratégie permit à un peuple composé essentiellement de paysans, disposant de peu de moyens matériels, de résister jusqu’à vaincre l’agresseur colonialiste français par une bataille finale à Dien Bien Phu.

Cette victoire ne fut pas uniquement celle du peuple vietnamien. À travers lui, tous les peuples colonisés, dont l’Algérie, s’en inspirèrent. Ils lancèrent leurs propres résistances contre les puissances coloniales oppressives. Et cette résistance adopta, selon les circonstances, la stratégie de la guerre populaire.

À l’issue de la victoire totale du peuple vietnamien, les accords de Genève de 1954 imposèrent aux dirigeants vietnamiens la division du pays en deux parties : nord et sud séparées par le 17ème parallèle. Cette division fut présentée comme «provisoire».

Au Nord Viet Nam, le système social établi répondait aux besoins du peuple qui soutenait pleinement ses dirigeants. Par contre, dans la partie sud, dominaient la corruption, entraînant des révoltes populaires.

Résistance et victoire contre l’impérialisme U.S

Mais, comme le déclara un jour le général Nguyen Giap, les impérialistes sont de «mauvais élèves» qui ne savent pas «apprendre la leçon» de l’histoire. De fait, le départ de l’armée coloniale française fut immédiatement suivi par l’intervention impérialiste états-unienne. Elle se réalisa d’abord dans le sud du pays. Prétexte? «Lutter et contenir la menace communiste».

Dans le sud du pays, les dirigeants de l’oligarchie impérialiste états-unienne installèrent un fantoche, Diem, comme «Président». Pour encadrer son armée, ils envoyèrent sur place des soit disant «conseillers militaires».

Puis, les dirigeants états-uniens provoquèrent l’incident dit du Golfe du Tonkin. Ils déclarèrent que des bateaux de pêche du Nord-Viet Nam auraient attaqué un… navire de guerre états-unien!

Bien entendu, par la suite, on découvrit que c’était là un mensonge pour justifier le début de l’agression militaire contre le Nord-Viet Nam. Elle se concrétisa par des bombardements massifs, en 1964. Ainsi, commença la deuxième guerre de résistance du peuple vietnamien, cette fois-ci contre l’armada militaire la plus puissante du monde.

Concernant la gravité des bombardements, l’administration U.S. veilla à fournir le moins d’informations possible à la population états-unienne. La même administration produisit une immense propagande par radios, télévisions et films affirmant que les communistes voulaient envahir le monde entier pour déposséder les gens du moindre objet qui leur appartenait, et qu’il fallait donc les stopper au Viet Nam. Un vétéran déclara: «Je suis allé au Vietnam pour tuer des communistes» (1). La propagande eut également recours au stéréotype raciste anti-«jaunes». Il porta les soldats à évoquer les Vietnamiens principalement par le terme «museaux jaunes». Ainsi, toute humanité étant niée à cette population, il devint plus aisé de la massacrer sans remords aucun.
Un vétéran témoigna: «Tout ce que je savais des Viêt-Cong, c’est qu’ils étaient petits, jaunes, qu’ils avaient les yeux bridés et qu’on allait leur botter le c.…» (2)

Bien entendu, les stratèges militaires impérialistes crurent à une victoire rapide et facile.

Constatant, cependant, la résistance inattendue et inébranlable du peuple vietnamien, ces mêmes stratèges menacèrent de réduire le Nord-Viet Nam à «l’âge de pierre».
Dès lors, la guerre devint totale. L’armée U.S. eut recours aux bombardements non seulement classiques (identiques à ceux opérés par l’aviation nazie), mais ils employèrent également des épanchements de gaz toxiques sur la nature et la population, contrairement aux règles internationales de la guerre. C’était là, donc, des crimes de guerre caractérisés, des crimes contre l’humanité. Le peuple et la terre vietnamiennes furent donc les victimes de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Mais la puissance états-unienne était et demeure telle qu’il est impossible
de présenter ses dirigeants d’alors devant un deuxième tribunal du genre Nuremberg.

Néanmoins, le peuple vietnamien continua à résister, aussi bien au nord qu’au sud Viet Nam. La guerre du peuple était, encore une fois, appliquée avec succès. Parmi ses principes notons: transformer la faiblesse (matérielle) en force morale, ou, encore, l’intelligence (du peuple) contre la barbarie (des stratèges militaires agresseurs).

D’un côté, l’agression impérialiste fut tellement destructrice qu’elle finit par soulever l’indignation des peuples des États-Unis et du reste du monde. Étudiants et citoyens condamnèrent la guerre impérialiste par des manifestations grandioses. La répression policière contre elles n’y put rien. Elle démontra seulement que dans les pays soit disant «démocratiques», le droit démocratique de contester une guerre injuste était réprimé par la violence institutionnelle.

De l’autre côté, la résistance inouïe et extraordinaire du peuple vietnamien provoqua un éveil de conscience significatif des peuples contre l’hégémonie états-unienne. Cette conscience se manifesta en guerres populaires parmi d’autres peuples opprimés de la planète, d’une part, et, d’autre part, par des mouvements sociaux contestataires du système social dominant dans les pays capitalistes dits développés, y compris les États-Unis. Dans ce dernier pays, il est vrai que le nombre de soldats retournés morts eut son impact sur la mobilisation contre la guerre.

Après la première éclatante et stratégique victoire de Dien Bien Phu contre le colonialisme français, une deuxième fois le peuple vietnamien obtint une identique victoire contre l’agression impérialiste états-unienne, en avril 1975. Enfin, la patrie vietnamienne fut réunifiée. Enfin, le peuple vietnamien commença à vivre en paix en construisant sa société sans intervention étrangère.

Télévision

La guerre au Viet Nam fut entièrement télévisée. Quotidiennement, chaque soir, les images des méfaits de l’armée états-unienne étaient vues par les télé-spectateurs du monde entier. La guerre, la vraie, l’atroce, l’insupportable, l’incroyable, était vue en direct, dans toute son horreur, avec ses crimes insupportables, les villages entièrement incendiés, les paysans tuès sur place avec leurs vaches, leurs cochons et leurs poules, vieillards, femmes et bébés. Le 16 mars 1968, le massacre des villageois de My Lai fut un atroce crime de guerre. Comment expliquer une telle barbarie allant jusqu’aux crimes contre l’humanité, identique à celle des Nazis, commise par la nation qui se prétendait « le modèle du monde » ? Les motifs ont été évoqués auparavant.

Pour revenir au rôle fondamental de la télévision dans la prise de conscience de la nature barbare de cette agression, notons que depuis lors, les armées impérialistes n’ont plus jamais laissé les photographes et cameramen libres: ils devinrent et demeurent des «embedded» (liés aux armées d’agression pour contrôler leur travail, devenu un moyen de propagande justifiant les agressions contre les peuples).

Leçons pour le monde

Celles et ceux qui ont vécu ces terribles et héroïques (le mot n’est pas trop fort) résistances du peuple vietnamien ne les ont jamais oubliées. Elles permirent l’éveil des consciences, non seulement de peuples opprimés dans les pays dits «sous-développés», et de citoyens dans les pays dits «développés», mais également de militaires états-uniens. Ces derniers finirent par comprendre qu’ils ont été manipulés jusqu’à commettre des crimes de guerre qu’ils regrettaient. Parmi ces vétérans, un nombre significatif, de retour aux États-Unis, se sont suicidés par remords.

Une autre leçon fut tirée par des observateurs états-uniens eux mêmes. Dans un essai (3), j’écrivais : « On impute généralement les résultats négatifs de la politique extérieure U.S à la personnalité d’un président particulier, par exemple Bush jr. On ignore ou on oublie la démonstration de David Hauberstam, dans son fameux libre de 1972 : « The Best and The Brightest » (Les meilleurs et les plus brillants). Il y démontre comment les dirigeants U.S. des années 1960, étaient les hommes parmi les meilleurs et les plus intelligents aux États-Unis, et, malgré cela, ils ont conçu et conduit au Vietnam la guerre la plus sanguinaire et la plus désastreuse. »

Je citais également ce constat : « Après la Seconde Guerre mondiale, les caractéristiques dominantes des plus hauts responsables des forces armées américaines étaient devenues l’arrogance professionnelle, le manque d’imagination et de sensibilité morale et intellectuelle. C’est ce qui avait amenè des hommes, par ailleurs intelligents (…) à se conduire comme des imbéciles. » (4).

Après la réunification du Viet Nam, on constate dans le monde que les impérialistes s’obstinent à être de « mauvais élèves » qui « n’apprennent pas la leçon ». Il reste donc aux peuples opprimés à s’inspirer correctement de la leçon fournie par le peuple vietnamien. Sa résistance et sa victoire sont une épopée dans la lutte des peuples pour leur indépendance.

Kaddour Naïmi

[email protected]

 

(1) « Vietnam, La salle guerre », ARTE documentaire 2015, https://www.youtube.com/watch?v=TiwRVMExiNw

(2) Idem

(3) « La guerre pourquoi? La paix comment?… » librement disponible dans https://www.kadour-naimi.com/f_sociologie_ecrits_guerre_paix.html

(4) Neil Sheehan, ex journaliste U.S durant la guerre du Vietnam in « A Bright Shining Lie » (Un lumineux étincelant mensonge), Edition Random House Inc ., New York, 1988.